May 22, 2018

Antigang

Dans un été médiocre en terme de cinéma, Antigang, un film d’action policier français tente sa chance. Mais qu’attendre d’un film ayant pour tête d’affiche Jean Reno qui sort en plein été sans aucune promotion ? Comme si les producteurs effrayés par les retours critiques préféraient sortir leur vilain petit canard dans une période un peu morne en espérant que le film passe inaperçu et qu’on l’oublie très vite.

Un polar sans profondeur.

Effectivement mieux vaut oublier très vite ce nouvel étron du cinéma français qui mérite sa place au fond des chiottes. Réalisé par Benjamin Rocher connu pour La Horde (un autre film à ranger dans la catégorie daube triple A), Antigang tente de se la jouer à l’américaine en reprenant les codes du cinéma de genre. Reprendre les codes du cinéma américain c’est une chose mais le faire bien en est une autre. Vendu comme une sorte d’Arme Fatale à la française, le film n’arrive même pas à la hauteur d’un Taken, c’est dire le niveau zéro du long métrage. Scénaristiquement parlant le film d’action est proche d’une production Besson (ceci n’est pas un compliment), il raconte l’histoire de Fred Buren (Jean Reno) un flic légendaire, qui entouré d’une bande de jeunes flics aux méthodes peu conventionnelles (l’antigang donc), se retrouve confronté à un braqueur qu’il tente de choper depuis plus de dix ans. Le duel va l’obliger à remettre en question ses méthodes expéditives.

Le postulat de départ est simple, là n’est pas le problème, ce qui bloque c’est la construction des personnages. Il n’y a pas un seul personnage qui a un peu de profondeur, on a face à nous tout un tas de clichés. Du vieux flic bourru et barbu qui n’a jamais connu l’amour, au jeune flic qui fume des joints et qui balance des vannes à chaque coup de batte de baseball, rien ne fait que l’on s’attache à cette bande de bourrins qui passent leur temps à casser des jambes pour le plaisir sans se préoccuper des conséquences de leurs actes. Nous avons ici des personnages stéréotypés gonflés aux hormones, vus et revus, qui balancent des vannes pas drôles, d’une lourdeur rare. Lourd est le mot qui définit le mieux ce nanar français.

Si les personnages ne sont pas bons, la direction d’acteurs n’aide pas. Pas un seul comédien ne semble crédible dans ce film. Jean Reno en peine depuis plusieurs années à cause de films lamentables, a l’air à bout de souffle, il semble souffrir à chaque réplique, comme s’il agonisait et suppliait qu’on l’abatte. C’est difficile de voir cet acteur si imposant à une époque se ridiculiser ici. Il y a aussi Alban Lenoir, vendu comme la révélation du film, il n’est absolument pas crédible dans ce rôle de jeune flic fou qui balance de la vanne à tout va. D’une lourdeur sans nom ce personnage donne la nausée à chaque réplique, pas aidé par l’interprétation toujours dans l’exagération de Lenoir qui trouve ici le titre de nouvelle tête à claque du cinéma français.

Ce qui pose problème avec ce film c’est qu’il tente sans cesse de jouer la carte de la comédie alors qu’à la base le sujet ne s’y prête pas. Comme si la comédie venait un peu contrebalancer le foirage dramatique qu’est ce film. Antigang tente de se faire passer pour un film cool afin de cacher sa ringardise. Il paraît que le ridicule ne tue pas, c’est dommage. Ce qu’il manque clairement c’est d’une véritable tension dramatique, qu’on puisse s’attacher aux personnages et à ce qu’il leur arrive. Mais non rien n’y fait, on ne tremble pas une seule fois, au contraire on s’ennuie fermement. Et ce n’est pas la mise en scène qui va permettre de rattraper cette mascarade.

Antigang ou plutôt AntiCinéma.

Quand on fait un film sur une bande de flics aux méthodes peu conventionnelles ne faudrait t’il pas que la mise en scène soit peu conventionnelle elle aussi ? Il faudrait que l’image soit légèrement crade, que ça bouge, qu’on soit proche des personnages, presque à la façon d’un documentaire. Il faut que la caméra s’implique dans les scènes d’actions, qu’on suive de près cette bande. Au lieu de cela, Benjamin Rocher réalise ce film comme il réaliserait une pub pour un parfum.

L’image est beaucoup trop soignée, la photographie faussement léchée, avec des plans qui veulent en jeter mais vident de toute construction. Les scènes d’actions sont mornes, et pourtant on sent bien l’amour du réalisateur pour les grands films d’actions américains. La mise en scène essaye de se rapprocher de celle de Guy Richie ou de Michael Mann sans jamais ne serait-ce que l’égaler. On a ici une caricature du cinéma américain que l’on retrouve dès la scène de générique au style grindhouse forcé. Malheureusement n’est pas Michael Mann qui veut. Antigang montre toute l’inaptitude du metteur en scène à filmer une scène d’action, tout est déjà vu, pas un seul plan n’implique le spectateur dans les fusillades. Tout est beaucoup trop soigné pour que ça paraisse crédible. Artistiquement c’est vide, il n’y a rien à sauver dans ce polar ridicule aussitôt vu aussitôt oublié.

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