July 22, 2018

Astérix : Le Domaine des Dieux

Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ ; toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ? Non ! Car un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur. Exaspéré par la situation, Jules César décide de changer de tactique : puisque ses armées sont incapables de s’imposer par la force, c’est la civilisation romaine elle-même qui saura séduire ces barbares Gaulois. Il fait donc construire à côté du village un domaine résidentiel luxueux destiné à des propriétaires romains. : « Le Domaine des Dieux  ».

Après plusieurs adaptations en live action très mauvaises, excepté l’excellent Mission Cléopâtre, Alexandre Astier le génial créateur de Kaamelott, fait le choix d’adapter son album préféré, Le Domaine des Dieux, en film d’animation. Par ce choix, Astier prouve toute son intelligence. Car grâce à l’animation, c’est tout le charme d’Astérix que l’on retrouve et la sensation d’être comme un enfant devant une bande dessinée. Plus besoin de voir des acteurs se grimer avec une moustache ridicule, l’animation permet de respecter chaque trait des personnages si célèbres.

Second choix intelligent d’Astier: adapter Le Domaine des Dieux, le 17ème album d’Astérix sorti en 1971. Dans cet album il y a tous les ingrédients pour donner du contenu à un film. On a tout d’abord, un vrai méchant : César. La mise en scène du personnage est efficace, il est impressionnant et rudement malin car au lieu d’attaquer directement les Gaulois, il va utiliser la ruse et la manipulation. Il va en fait jouer sur la cupidité des gaulois en installant à quelques mètres du village, son domaine des Dieux, sorte d’immense HLM de la Rome antique. Avec l’arrivée des Romains, c’est un nouveau marché qui s’offre aux Gaulois. Et comme c’est un peuple qui s’engueule facilement, évidemment ça va créer de la zizanie à l’intérieur même du village des irréductibles. Le Domaine des Dieux est donc un album qui offre de vrais enjeux de cinéma. Avec les solides bases de Goscinny, Astier n’a plus qu’à construire son film et y distiller son humour très particulier (mais qui une fois encore ne plaira pas à tous). Ce qu’il fait à merveille, les dialogues sont un régal et rappellent fortement les joutes oratoires de Kaamelott. On ne s’étonnera donc pas de voir un esclave parlementer et philosopher sur sa condition, ou de voir des Romains débattre pour comprendre un signal d’attaque.

Si ces dialogues fonctionnent aussi bien c’est bien sûr grâce à l’écriture d’Alexandre Astier mais aussi grâce à un doublage impeccable. Le casting vocal est assez impressionnant, on pourra reconnaître les voix de Lorànt Deutsch, Elie Semoun, Laurent Lafitte, Géraldine Nakache, ou encore Alain Chabat. Mais le gros point fort du film, c’est Roger Carel, qui a 87 ans accepte de sortir de sa retraite, pour incarner pour la neuvième fois le personnage d’Astérix. Le réentendre prêter sa voix à Astérix est un plaisir et fait remonter beaucoup de souvenirs. Il apporte de la tendresse, de la chaleur, sa palette vocale est incroyable, et entendre à nouveau ce vieux monsieur procure beaucoup d’émotion. Le Gaulois moustachu n’est plus un simple râleur dans ce film, il prend plus d’ampleur, plus de dramaturgie. Astérix va ainsi se retrouver seul dans un monde qu’il ne comprend plus, où l’argent fait oublier l’amitié et l’honneur. Obélix est lui aussi mis à mal dans Astérix : Le Domaine des Dieux. Ce mastodonte qui ressemble un peu à Hulk pourrait en un rien de temps détruire toute l’armée de César mais il n’y aurait alors pas matière à faire tout un film. Mais Alexandre Astier étant un auteur très malin, il a trouvé le moyen de mettre à mal le gros Gaulois Obélix: il va l’affamer. Ainsi, sans nourriture Obélix perd toute sa force. Voilà une belle idée pour légèrement détourner ce personnage que l’on connait presque trop.

Le film est aussi une belle réussite au niveau de l’animation. Graphiquement c’est très fidèle aux BD tout en amenant une certaine rondeur aux personnages. On se rapproche vraiment de l’esprit de la BD et on retrouve l’âme d’Astérix. Louis Clichy le co-réalisateur a donc fait un magnifique travail sur l’animation et n’a rien à envier aux grands studios américains (rien d’étonnant puisqu’il a travaillé 4 ans chez Pixar). Astérix Le Domaine des Dieu à beau être réussi, il ne manque pourtant pas de défauts. On pourra lui reprocher un rythme inégal, un manque de folie, mais aussi de ne pas exploiter jusqu’au bout le concept du film, et d’être trop orienté pour un jeune public. En voulant faire un film grand public, Astier perd un peu de sa verve et semble se contenir, surtout au niveau des références. C’est vraiment dommage car ces quelques défauts plombent le film au fur et à mesure, et donne l’impression que le réalisateur n’a pas été jusqu’au bout de toutes ses idées. Tout simplement, on aurait aimé en voir plus. Et normalement quand on en veut encore c’est que ce n’était pas si mauvais, bien au contraire.

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