July 19, 2018

Blue Ruin, un thriller saisissant !

Jeremy Saulnier est ce type de personne que j’aime appeler : les multi-casquettes. Après son Murder Party, il entame un deuxième long-métrage en endossant le rôle de réalisateur,  scénariste et directeur de la photographie. Blue Ruin. Un film d’auteur mêlant plusieurs sous-genres mais s’attachant surtout au Thriller. Prix du Jury au festival international du film de Marrakech et nominés 16 fois dans différents festival (Deauville, Cannes, Suisse), Blue Ruin est largement à la hauteur de nos attentes.

Nous allons donc suivre Dwight, un vagabond solitaire se retrouvant impliqué dans un conflit brutal provoqué par une vieille vengeance. S’improvisant assassin amateur, il va devoir tout faire pour protéger sa famille.

Blue Ruin, c’est tout d’abord une ambiance.

Très honnêtement, la première partie du film tient du génie. Nous sommes plongés dans une atmosphère vraiment saisissante créée par tous ces plans fixes et ces longs travellings latéraux caractéristiques du film d’auteur. Cela ne plait pas à tout le monde forcément car nous n’apprenons pas grand-chose sur l’intrigue et on doit se limiter à seulement quelques lignes de dialogues. Mais il est manifeste que tout ceci contribue à l’ambiance inquiétante dans laquelle Saulnier nous plonge. La musique minimaliste colle bien à ce cadre, apportant une dimension à la fois mystérieuse et oppressante. L’image est toujours bien travaillée et chargée de significations, nous sommes vraiment dans quelque chose d’envoûtant. Par exemple, quand Dwight est sur le point de commettre un petit vol dans une voiture (premier délit), il sort du champ de la caméra pour revenir en cassant la vitre… il sort de la société de loi et rentre alors dans la spirale infernale.

Blue Ruin, c’est un réalisme criant.

Le personnage principal interprété avec brio par Macon Blair (New York Unité spéciale, Murder Party), est brillant de naturel, fournissant un héros qui se veut être un personnage lambda. On saluera au passage les prestations convaincantes d’Amy Hargreaves (Shame, Homeland), sœur de Dwight, et de Devin Ratray (R.I.P.D Brigade Fantôme, Nebraska) son ami. De surcroît (« wouaaaaaah »), de nombreuses séquences sont réservées à un public averti. Le réalisateur place sur le même plan la façon de montrer un dialogue que de montrer un coup de couteau porté à la tempe. On débouche alors à des scènes pragmatiques voire gores. La volonté de Saulnier est clairement de proposer un divertissement naturel sans effluves de machineries et de complications. D’ailleurs, le scénario n’est pas très complexe avec quelques rebondissements donnant un second souffle, mais il est intéressant dans la mesure où il possède de nombreux liens subtils tout au long du film.

Blue Ruin, c’est aussi une liberté cinématographique.

Tout d’abord, il est libre de toute interprétation personnelle quant à la visée morale car on ne trouve pas le désir d’inscrire le film dans une dénonciation de l’usage des armes, le réalisateur ayant même décréter avoir volontairement supprimer des répliques « trop moralistes ». Il faut donc aborder ce film comme un divertissement. Blue Ruin est aussi un film difficile à classer. En effet, il vogue quelques fois vers le road-movie et ses longues traversées solitaires silencieuses. On note aussi une fine pointe d’humour dans certaines situations qui tirent quelques fois le long métrage dans une comédie burlesque à l’image de son héros : quelqu’un qui pleure, qui saigne, qui bave, qui galère bien quoi… pas un héros sorti tout droit des tiroirs d’Hollywood. Mais les codes du thriller sont bien évidemment présents et maîtrisés avec notamment une scène de suspense où j’ai été personnellement à bout de souffle où tout était parfaitement orchestré pour faire raidir le spectateur.

Bonus Le Saviez-Vous Conso-Mag : Par manque de financement, pour clore son film, Saulnier a utilisé la méthode appelée crowfunding (financement participatif libre). C’est une somme de  35 000 dollars qui fût récoltée permettant de finir Blue Ruin à temps pour le festival de Cannes. Eh oui, Conso-Mag est aussi un fournisseur d’anecdotes à utiliser lors des dîners avec vos beaux-parents.

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