November 19, 2018

Le chien arabe, de Benoît Severac

Les Izards à Toulouse, « petit quartier à la marge devenu fournisseur officiel de terroristes » (souvenez-vous, M. Merah). Guerre des gangs – dealers vs salafistes – et donc guerre des polices : les stups contre la Brigade Spécialisée de Terrain.

Au milieu de ces violences, on rencontre la jeune Samia, qui a voulu sauver un chien et Sergine, vétérinaire émue par cette adolescente en péril. Cette dernière vit dans une famille où le frère aîné dealer fait la loi et terrorise tout le monde, y compris ses parents.

Comme dans Little sister (roman pour grands ados), l’auteur évoque le terrorisme, la façon dont les jeunes sont embrigadés, les dégâts sur les proches quand les kamikazes sont médiatisés… Il est également question des conditions de vie dans les cités défavorisées (euphémisme), bien sûr. On parle de misère, de traditionalisme, de mariage forcé, des méthodes policières pour arrêter les délinquants et meurtriers (lutter contre la drogue ou contre le terrorisme, il faut choisir).

Ce livre m’a rappelé Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte  de Thierry Jonquet pour le portrait sombre et tristement réaliste des banlieues sinistrées. Le personnage de Sergine, sa rage, son impuissance, sa fatigue, m’ont également évoqué Je tue les enfants français dans les jardins de Marie Neuser.

J’ai aimé les observations de l’auteur, les réflexions qu’elles suscitent. J’ai moins apprécié l’intrigue policière elle-même, trop « action-flics » à mon goût, mais cela reste une réserve vraiment personnelle.

« Le roman noir de la France d’aujourd’hui » annonce la quatrième de couverture. Je dirais : UN roman noir d’UNE France d’aujourd’hui, mal en point, mal connue, caricaturée dans les médias. On a besoin d’auteurs comme Benoît Séverac, qui apportent des nuances bienvenues aux différents problèmes (votes extrémistes, notamment) que nous voyons par le tout petit bout de notre lucarne :

« Tout le monde se moque de ces cités mais [Decrest] sait que, pour dix voyous, il y a quatre-vingt-dix innocents qui subissent leur loi. Ce sont souvent des étrangers, des retraités, des RMistes. Ils ne font pas de bruit, on ne les voit pas, mais ce sont eux qui supportent les nuisances sans pouvoir se faire entendre. Les stups laissent faire pour ne pas gêner le trafic qu’ils observent, ils jouent la carte du chaos pour préserver leur fonds de commerce… Au nom de la lutte contre les trafiquants de grande envergure, la hiérarchie laisse une poignée de petits dealers pourrir la vie de centaines de pauvres gens ; les médias ne s’intéressent qu’aux faits divers et les politiques s’en lavent les mains, parce que ces gens-là ne votent pas, ou mal. »

« 90% d’innocents… qui supportent les nuisances sans pouvoir se faire entendre… qui ne votent pas, ou mal… » – amis politiciens inertes, égoïstes, hypocrites, donneurs de leçons (en s’indignant des résultats des élections), écoutez l’électeur FN des cités, fatigué du bordel ambiant…

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