Dark Crystal, saison 1 (Netflix) : retour en enfance

« Le monde de Thra se meurt. Le Cristal est le cœur de Thra, une source de pouvoirs mystérieux endommagée par les Skeksès. Lorsque des Gelfling découvrent l’horrible vérité qui se cache derrière le pouvoir des Skeksès, les feux de la rébellion s’allument et une bataille épique pour la planète commence »

Il y a 37 ans, Jim Henson, papa du Muppet Show, créait Dark Crystal, un long-métrage ambitieux mettant en scène des marionnettes. Un film n’ayant pas connu un grand succès mais qui a gagné son statut d’oeuvre culte au fil des années dans le cœur de nombreux fans. Ambitieuse, cette oeuvre de fantasy destinée aux enfants comme aux adultes, a marquée sa génération grâce à son univers riche, féerique, mais également sombre. Une oeuvre à part, traitant de larges thématiques comme notre rapport à la biodiversité, le racisme, l’oppression des petits face aux dirigeants sanguinaires. Bref, une oeuvre en avance sur son temps que Netflix a décidé de dépoussiérer aujourd’hui en proposant un préquel de dix épisodes.

Un savoir-faire gardé intact

A la manœuvre, on retrouve le réalisateur français Louis Letterier qui s’est entouré d’une équipe talentueuse avec dans ses rangs plusieurs artistes ayant travaillé sur l’oeuvre d’époque. Dans un soucis de respect du parti pris artistique originel, le réalisateur a souhaité mettre en scène cette série comme à l’époque avec de véritables décors créés à la main et des marionnettes pour héros. Modernité oblige, quelques effets numériques viennent toutefois enrichir visuellement la série et embellir l’univers imaginé par Jim Henson. Il est d’ailleurs certain que ce dernier aurait plus que salué le travail réalisé sur cette série. En la matière, Dark Crystal : le temps de la résistance, est un véritable chef-d’oeuvre.

L’univers est riche et détaillé, le bestiaire fourni, les marionnettes magnifiques. Dans chaque décor, les détails fourmilles, faisant entrer pleinement le spectateur dans le monde de Thra. Face à ce travail artistique, fait main, on retombe en enfance et on se laisse porter par cette histoire fantastique. S »il faudra réussir à passer le cap du premier épisode pour se familiariser aux marionnettes, le dépaysement se révélera total au bout de l’aventure. De la découverte des tribus Gelflings, de leurs us et coutumes, en passant par la biodiversité et les décors de Thra, sans oublier les terribles Skèkses, on se laisse porter par cet émerveillement de chaque instant. Grâce au formidable travail des marionnettistes et des décorateurs, la magie opère à chaque plan.

Un univers enchanteur

Louis Letterier, réalisateur de blockbusters fades, prouve enfin ici qu’il a du talent. Chaque plan montre son amour pour l’univers de Jim Henson, sa réalisation classique mais maîtrisée souligne l’aspect merveilleux de l’oeuvre. La mise en scène est intelligente, réussissant l’exploit de passer outre l’handicap de filmer des marionnettes aux mouvements parfois un peu raides. La force du réalisateur, c’est de réussir à faire vivre littéralement ces marionnettes. Letterier croit en son récit, en la technique de son équipe, et le montre dans une mise en scène précise qui sublime la force émotionnelle des dialogues, rythme les scènes de combat, et se pose pour nous laisser admirer de sublimes paysages.

Au-delà de l’aspect purement visuel, le scénario tient la route et se révèle un très bon préquel du film, approfondissant encore un peu plus la mythologie pensée par Jim Henson. Les thématiques y sont nombreuses, traitées avec intelligence et poésie, et résonnent avec notre monde actuel : de la préservation de notre environnement, à la lutte contre le racisme, l’oppression, la soif de pouvoir de dirigeants n’ayants pas de scrupules à profiter de leur domination sur les petites classes. La série met en scène la révolte des Gelflings contre leurs oppresseurs, les terribles Skèkses. Ces derniers, sortes d’oiseaux tirants vers le vautour, font d’ailleurs froid dans le dos, n’hésitants pas à user de tous les moyens pour acquérir la vie éternelle. On dit souvent qu’un bon méchant fait un bon film, cela se vérifie ici. Un scénario malin, foisonnant de trouvailles, proposant une histoire d’héroïc fantasy à la fois passionnante mais aussi horrifique dans certains aspects, et dont la force émotionnelle ne se tarit jamais. Mention spéciale également pour le doublage faisant appel à de nombreuses pointures en VO dont Mark Hamill (Luke Skywalker), aussi très bon en VF. On se prend alors à apprécier ces héros, à frémir pour eux, et à adorer détester les Skèkses. Nous n’en diront pas plus sur le scénario car mieux vaut se plonger entièrement dans cette oeuvre pour en comprendre toute la richesse.

S’il faudra attendre de passer le premier acte pour apprécier à sa juste valeur cette série, Dark Crystal : le temps de la résistance, se révèle être un véritable bijou. Une fable épique, enchanteresse, engagée, au visuel ravageur, et fidèle à l’oeuvre de Jim Henson. En un mot : magique. 

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