September 22, 2018

Interview – Lolita Sene : C., la face noire de la blanche

C Lolita SeneA 27 ans, Lolita Sene signe son premier livre, un récit autobiographique C., la face noire de la blanche, dans lequel elle raconte avec habileté sa dépendance à une drogue dure, la cocaïne. Lolita travaille encore dans événementiel lorsqu’elle commence à se droguer au détour de diverses soirées et fêtes. La cocaïne étant devenue une vraie addiction, elle entreprend l’écriture d’un blog, Moi, Juliette F., le blog d’une génération cokée, titre qui, naturellement, évoque celui du livre de Christiane V. Felscherinow, Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… Ce blog lui fait l’effet d’une thérapie. L’écriture l’aide considérablement et en mars 2015, Robert Laffont la publie. Ce livre lui vaut de bonnes critiques dans la presse, et une reconnaissance littéraire grandissante.

Elle a accepté de répondre à mes questions. Voici ses réponses, précises et très franches.

Tu es l’auteure de C., la face noire de la blanche, un récit autobiographique dans lequel tu racontes ta dépendance à la cocaïne. Comment en arrive-t-on là ?

Je raconte comment je suis tombée dans la cocaïne mais surtout comment j’ai réussi à m’en sortir ! On dit « tomber dans la dépendance » : en effet, un jour on trébuche… puis on tombe. La cocaïne est une drogue vicieuse parce qu’assimilée à la fête, au fric et à la réussite. Et on croit, à tort, qu’il n’y a pas de danger avec elle. Que ce soit en ville ou à la campagne, beaucoup de gens en consomment, d’abord une fois par mois, puis tous les deux week-ends, puis tous les samedis, vendredis… et très vite, la spirale s’enclenche. Dès que je buvais un verre en soirée, je pensais à la cocaïne et ne me sentais satisfaite qu’après avoir sniffé une ligne, qu’après avoir avec moi ce petit pochon de poudre. C’est dur de réaliser qu’on est dépendant, surtout quand la plupart des gens qui nous entourent consomment eux aussi.

Et puis, un jour, j’ai compris que quelque chose ne tournait pas rond, que ma vie était au ralenti et la poudre bien trop présente. Si j’ai mis du temps pour décrocher (en passant par plusieurs épisodes troublants, des descentes violentes, des rechutes) j’ai finalement réussi ! Alors tout le monde peut y arriver.

A part la coke, tu as essayé quoi ?

En général, quand on consomme de la cocaïne, on est amené à consommer d’autres drogues. Ça tourne facilement, on me proposait et je goûtais. Ecstasy, MDMA, quelques champignons… Mais je n’ai jamais été séduite par les drogues hallucinogènes. Si je prenais de la coke, ce n’était pas pour me défoncer et voir des éléphants roses, mais plutôt pour me donner confiance. Sauf qu’en réalité, la drogue finit par vous enlever toute confiance en soi.

Tu pourrais retomber facilement ? Comment fait-on pour tenir ?

Impossible de rechuter ! Pour tenir, il suffit de voir l’accomplissement réalisé depuis l’arrêt. Un accomplissement surtout intérieur : il est clair qu’on change, une fois la drogue écartée de sa vie. Je suis aujourd’hui plus calme, plus sereine, moins violente, moins électrique et moins méchante. Je travaille bien mieux aussi. Mais, si je me sens fatiguée ou triste, ce qui arrive, j’accepte simplement que ce soit naturel. Avec la coke, je tentais de gommer mes tristesses au lieu de les affronter.

Quel message pourrais-tu passer à ceux qui sont accroc à la coke ?

De faire très attention. On pense qu’on gère mais en réalité, c’est elle qui nous gère.

Ton blog a-t-il été une sorte de thérapie ?

Oui, ça a été une thérapie. Pour les lecteurs comme pour moi aussi. Mais le livre l’a été d’autant plus encore ! J’ai dû aller chercher dans des souvenirs douloureux que je ne voulais plus voir. C’est certain qu’écrire reste encore une des meilleures thérapies.

Aujourd’hui, qui es-tu ? Peux-tu te décrire en quelques phrases ? Tu fais toujours la fête (quand même !) ?

Je pense être plutôt normale. Je vois mes amis, je fais la fête (même si c’est moins qu’avant), je vais au musée et au cinéma. Je travaille, j’écris, avec toujours plusieurs projets en cours, parce que sinon je m’ennuie. Je voyage aussi.

A part l’écriture, il y a quoi ?

Je ne vis que pour l’écriture. Bon, et pour l’amour aussi. C’est peut-être un peu cliché, mais sincère.

Quel est le souvenir le plus heureux de ta vie ? Et le plus triste ?

Le plus heureux : quand j’ai appris que Robert Laffont souhaitait m’éditer. Le plus triste : l’avortement que j’ai subi, raconté dans mon livre.

Tu as un réel don d’écriture, pas de doute là-dessus. Ce don, justement, tient-il une place importante dans ta vie ?

Merci ! Mais je ne suis pas certaine que ça soit un don, plutôt une passion. Quand on est passionné, on réalise les choses vraiment, jusqu’au bout. J’écris beaucoup, je lis beaucoup.

Une journée d’écriture à la Lolita Sene, ça se passe comment ? Des manies, des habitudes d’auteur ? Un lieu fétiche ? Style ? Pc ?

Toujours de la même manière, et un peu psycho d’ailleurs : je me lève tôt (voire très tôt quand je suis en forme) et j’écris jusqu’en début d’après-midi, rideaux tirés pour ne pas me rendre compte de l’heure, avec des litres de café. Puis je m’habille, déjeune, fais une sortie culturelle, me promène à vélo dans Paris. Si je suis dans une période intense d’écriture, alors je travaille de nouveau le soir jusqu’à minuit. Sinon, je vais rencarder mes amis.

Quand je te lis, j’ai l’impression de lire une auteure américaine. Ne me demande pas pourquoi…

Vraiment ? C’est la première fois qu’on me dit ça !

Quels sont tes auteurs préférés ? Fais-moi une belle liste !

Cohen, Sartre, Céline, Pouchkine et Proust pour les hommes. Beauvoir pour la femme.

Quels sont les livres qui t’ont influencée ? Dans ton récit, tu parles de John Fante, il me semble…

J’ai rencontré Fante à 19 ans. Pour moi, ça été une vraie rencontre ! Il m’a grandement influencée, son énergie, sa fougue, ses histoires me poussaient à la création. Aujourd’hui, je dirais que certains auteurs me guident, tout comme des musiciens, notamment les Pink Floyd ou Joy Division. Patti Smith. Brassens. Et Bach aussi.

As-tu lu le fils de John, Dan Fante ?

Non, pas encore. Et très certainement parce qu’après une année à lire John Fante, Bukowski ou d’autres auteurs de cette veine, je recherchais autre chose. C’est à la suite de cette époque que j’ai commencé à devenir raide dingue de Proust et de Céline d’ailleurs.

Si tu devais ne garder que dix livres jusqu’à la fin des temps, lesquels seraient-ils ?

Le dictionnaire.

Les chants de Maldoror, de Lautréamont.

Fou de Vincent, d’Hervé Guibert.

Just kids, de Patty Smith.

Voyage au bout de la nuit, de Céline.

Belle du Seigneur, d’Albert Cohen.

Un recueil de poème d’Arthur Rimbaud.

Les mains sales, de J-P Sartre.

La Bible.

Un autre roman (récit ???), recueil (peut-être ?), verra-t-il le jour prochainement ?

Je suis en train de boucler mon prochain roman qui sera bientôt publié. Et j’ai terminé l’écriture d’une pièce de théâtre que je vais mettre en scène.

Que puis-je te souhaiter de mieux pour le futur ?

Pour le futur très proche : de trouver la dernière phrase de mon roman.

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