Les Poupées de Nijar, de Gilles VINCENT

Il nous chante une histoire et nous nous envolons avec les notes noires des gammes de la vie. L’homme est une bête curieuse qui laisse son empreinte et qui nous est autant bénéfique que toxique !

Ce livre renferme la dénonciation de la bêtise humaine, de ses travers et le devoir de mémoire. Quand le moderne rencontre l’histoire…

Un parallèle d’une finesse aux petits oignons !

Nous plongeons dans cette folie qui ronge celui qui reste et qui ne peut que comprendre pourquoi l’autre est parti… Thomas a merdé, Thomas c’est ce photographe du chaos, celui qui vadrouille à travers le monde avec son appareil photo, sa démarche de bad boy et une gueule d’ange.

Ingrid n’a pas supporté la fois de plus, la fois de trop. Elle a pris toutes ses affaires et a déserté l’appartement. Pour ne pas sombrer définitivement, Thomas va repartir sur ce qu’il sait faire, sur ce qu’il maîtrise, sur ce qu’il aime par-dessus tout, le reportage. Il déboule dans le bureau de son agence et repart avec un sujet. Direction Nijar. Face à cette mer de plastique, il part à la découverte du présent. Il plonge dans cet océan… Et puis, arrivé sur place, aux informations locales, il découvre que des jeunes enfants sont enlevés puis restitués morts quelques jours plus tard, pendus à des arbres, comme des poupées de chiffons.

Quand son reportage sera fini, peut-être se penchera-t-il sur cette histoire… Quand son reportage sera fini…

On dévale les pieds joints, la pente méridionale de la Sierra Alhamilla qui nous entraîne dans cette réalité dramatique de l’Andalousie et plus précisément à Nijar dans la province d’Almeria, avec le vent puissant qui caresse ou agresse cette chaîne montagneuse.

Les Andalous en sont fiers ! Mais les non-dits sont là, tapis dans l’ombre. La carte postale ?

Thomas n’en n’a que faire. Il n’est pas là pour ça. Il dénonce, avec l’œil du chaos… Des enfants disparaissent mais pour quelle raison ? Pourquoi ceux-là précisément ? L’auteur nous emmène avec un doigté délicat dans l’Histoire qui a ravagée l’Espagne. Sous le régime de Franco, des choses se sont passées bien sûr, mais certaines histoires restent malgré tout, peu connues.

La puissance de l’auteur est de débusquer ces histoires, de les mettre sur le devant de la scène et de dévoiler leur impact sur les générations d’après. Il nous emmène habilement dans l’ambiance Espagnole d’aujourd’hui avec cette société de consommation et des traces qu’elle garde de son Histoire. Il modèle et triture ses personnages pour nous les rendre vivants. Ils nous passent des émotions arrachées, douces, complexes, fortes et emportées. On sent tout le passé et le présent derrière chacun d’eux. Derrière chaque mot, chaque histoire. On voyage dans la psychologie et l’analyse du détail. Les sentiments sont puissants et ils nous font vibrer. Ils nous bouleversent et on en tremble, on comprend et on apprend. Grâce à sa plume fine et mélodieuse, il nous transporte dans des paysages différents, dans un environnement à la culture sociale et sociétale ancrée et ses travers. Il nous chante une histoire et nous nous envolons avec les notes noires des gammes de la vie. Il nous envoûte de ce parfum de non-dit, de cette fragrance de transpiration malodorante, mais aussi de cette délicate attention, que l’on nomme espoir. Une histoire poignante. Avec suffisamment de recul pour ne pas sombrer, mais assez de hargne pour faire passer les messages ! Le poids des mots, des phrases, des silences… Un roman coup de cœur, coup de poing. Tel un uppercut, il nous laisse sur le bord, là, KO.

Je ne peux que vous recommander ce livre.

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