August 16, 2018

[LIVRE] Hemlock Grove, de Brian McGreevy

Hemlock Grove s’est surtout fait connaître de notre côté de l’Atlantique avec une (plutôt chouette) série chapeautée par Netflix mais c’est avant tout un livre. L’ouvrage original a été écrit par Brian McGreevy, un jeune auteur américain. Après quelques années de flottement, une traduction française nous est enfin arrivée sous la houlette de l’éditeur Super 8. Notre avis sur cette sortie.

 

Les mythes du loup-garou et du vampire revisités

Hemlock Grove raconte une histoire mêlant le destin de la famille Godfrey et celui de Peter Rumancek, un jeune gitant habitant en marge de la bourgade qui a donné son nom au livre. Alors qu’un meurtre abominable a coûté la vie à une jeune fille, Roman Godfrey et Peter vont coopérer pour débusquer et éliminer la créature qui va semer la mort et la terreur au rythme des cycles lunaires.

Assez classique, la trame d’Hemlock Grove est parsemée de fantastique avec l’utilisation de mythes fondateurs du genre horrifique : le loup-garou, qui est le plus évident, et le vampire, abordé de manière plus subtile. Les codes du loup-garou sont en bonne partie conservés – transformation selon le cycle lunaire, douleur physique propre à la transition entre humain et loup, etc. – mais la figure du vampire utilise des légendes qui ont été moins exploitées dans la littérature, des légendes basées sur les upirs.

Le concept d’upir est né des mythes d’Europe de l’Est, notamment d’Ukraine et des Balkans. Il désigne des personnes qui seraient mortes après avoir commis un ou plusieurs des péchés capitaux – meurtre, suicide, … – et qui se transformeraient en des créatures diaboliques rejetées par Dieu. L’upir posséderait des compétences physiques supérieures, auraient un goût prononcé pour le sang et mangerait me cœur de ses victimes. Appétissant, mais vous savez maintenant de quoi l’on parle.

La mort est omniprésente dans le livre, plus encore que dans son pendant télévisuel. Le thème de l’immortalité également. A ce titre, Olivia et Shelley sont des personnages intéressants sur différents points. Olivia ressemble à une matriarche que l’immortalité a blasé et fragilisé malgré son influence importante et Shelley semble le résultat visible des tristes tentatives des Hommes pour être les égaux des forces de la nature.

 

Des différences fortes entre livre et série

La principale différence à mes yeux se situe justement dans le traitement des upirs dans le livre. On dit souvent que les adaptations filmiques ou sous forme de série ne peuvent pas inclure tout le matériel d’un livre, le constat est, une fois n’est pas coutume, inversé. Le développement de Roman en tant que créature fantastique n’est pas aussi important dans le roman original de McGreevy, tout se joue sur des références subtiles.

Roman devient une figure incube dans certains passages où il abuse de ses pouvoirs pour assouvir ses désirs. Ces scènes placent Roman dans la lignée des hallucinations à tendance horrifiques qui apparaissent parfois aux personnes souffrant de ce que l’on connait maintenant sous le nom de paralysie du sommeil, un phénomène longtemps considéré comme diabolique par l’Eglise. Ses pouvoirs évoquent alors, en effet, une sorte de contrainte par la paralysie mentale. La séquence qui montre le plus ce pouvoir est par ailleurs assez différent avec la version télévisée, plus « douce » et à la fois aussi choquante.

Des différences fondamentales apparaissent sur la situation finale du récit. Si la série se terminait dans un chaos de mort indescriptible, le livre se termine assez paradoxalement avec une morale plus positive malgré la mort d’un des personnages principaux. Le livre est construit autour de l’amitié improbable entre Roman et Peter et cette amitié survit à la chasse au vargulf – la créature qui commet les meurtres – ce qui ne se produit pas dans la série.

Enfin, notons que la traduction par Cécile Leclère est très juste et a bien capté toutes les références possibles et la façon qu’ont de parler les personnages. Super 8 est également l’auteur d’une édition de belle qualité : pas de coquilles, de fautes ou de problème dans les matériaux utilisés. La couverture est simple et efficace (plus jolie que la couverture de la première édition originale, simple avis personnel).

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