July 17, 2018

Mr Mercedes, de Stephen King

Décidément, Stephen King ne cessera jamais de nous surprendre ! Bien que l’auteur soit célèbre pour ses « petits »  chefs-d’œuvre dans les registres de l’horreur et du fantastique depuis des années, il excelle néanmoins également dans un autre genre qu’on lui connait moins : le roman policier. En effet, avant Mr Mercedes et Joyland, dont la critique est disponible sur notre site, Stephen King s’était déjà illustré avec brio dans ce genre avec Blaze, paru dans nos contrées en 2008 sous son pseudonyme Richard Bachman. L’écrivain continue de tracer sa route d’auteur de romans noirs, avec le très attendu Mr Mercedes paru aux Etats-Unis le 3 juin 2014. Sauf qu’à la différence de Blaze et Joyland, Mr King ne nous offre pas seulement un roman, mais le début d’une trilogie ! De quoi piquer au vif la curiosité des plus sceptiques, mais aussi celle des nombreux fans de l’écrivain le plus prolifique de notre temps.

Les débuts prometteurs d’une trilogie

Parlons un peu de l’histoire de ce Mr Mercedes. On pourrait s’attendre, de la part de Stephen King, à ce que la Mercedes SL 500 12 cylindres soit hantée et animée d’une vie propre , comme la Plymouth Fury 1958 de Christine, mais il n’en est rien. Elle est juste pilotée par un homme qui, lui, agit de son plein gré. Pas une once de fantastique dans ce roman, si vous partez dans cette optique, vous vous retrouverez rapidement dans une voie de garage… Embrayons donc sur le début de ce roman, qui est assez atypique car l’histoire ne s’ouvre pas sur le personnage principal ou l’antagoniste, mais sur un personnage d’arrière-plan, Augie Odenkirk. Celui-ci est au cœur de l’événement majeur qui conditionne le déroulement de l’intrigue, à savoir le massacre du City Center, dans une ville située dans le Midwest, au nord des Etats-Unis. Un mystérieux inconnu, arborant un masque de clown et conduisant une Mercedes grise, avait foncé plein gaz sur des centaines de chômeurs désespérés qui faisaient la queue pour assister à un salon pour l’emploi. Une fois conclu ce premier chapitre qui amorce la carrière du tueur à la Mercedes, nous faisons la connaissance des personnages principaux, l’inspecteur de police à la retraite Bill Hodges et le tueur Brady Hartsfield.

Contrairement à Joyland, Mr Mercedes est un « bon vieux » roman policier des temps modernes. Un choc entre « la vieille école » et les nouvelles technologies. Nous évoluons tout au long de l’histoire dans une Amérique de 2009 en crise. L’écrivain nous dresse le portrait d’une ville meurtrie par le chômage, le trafic d’armes, les menaces terroristes et les tueurs en séries. Au passage, l’auteur en profite pour évoquer un bon nombre de séries policières actuelles, taclant gentiment Dexter et NCIS entre autres, véritables références du genre. Le maître du suspens a aussi glissé quelques allusions à ses propres livres notamment Grippe-sou – le clown maléfique dans Ça – ainsi que Les Chiens du Ciel tiré d’une des nouvelles du recueil Nuits noires et étoiles mortes. Des allusions peu subtiles et qui donne un arrière-goût « d’auto-promo » assez désagréable, d’autant plus que celles-ci n’apportent rien à l’histoire. Ce choix pourrait cependant être défendu par l’adage « On n’est jamais mieux servi que par soi-même ». En revanche, l’influence du précédent roman de Stephen King, Joyland, se fait ressentir plus subtilement avec le décor de fête foraine présent lors du concert d’un célèbre boys band dont le nom de l’album est assez évocateur : « Des bisous sur la Grande Roue ».

 

« Tout le monde aime le marchand de glaces … »

La particularité de ce roman, c’est que l’on sait dès le départ l’identité du tueur. Brady Hartsfield est plutôt doué en informatique, d’ailleurs il travaille pour une entreprise de matériel informatique « Discount Electronix » où il effectue, entre autres, des dépannages informatiques au volant de sa Coccinelle verte estampillée « Cyber Patrouille ». Mais ce n’est pas son seul emploi, il est aussi marchand de glaces, parcourant la ville avec sa petite camionnette blanche Mister Délice. Notre homme vit chez maman – ils ont d’ailleurs une relation assez particulière – et il partage avec elle quelques sombres secrets… Cet aspect de notre tueur peut être perçu comme un cliché, car un bon nombre de psychopathes que l’on voit souvent dans les séries télés policières américaines — comme Esprits Criminels — ont dépassé la trentaine, vivent encore chez leur chère maman et ont des relations pas toujours très nettes avec celle-ci. Heureusement pour nous, tous les « Tanguy » ne sont pas des détraqués en puissance ! On attendait peut-être un peu plus d’originalité de la part de l’écrivain – qui nous a habitués à mieux – quant à l’histoire de notre tueur. Sur ce point en tout cas, un manque d’inspiration se fait ressentir, mais on lui pardonne car ce n’est pas une sortie de route, loin de là. L’auteur introduit par la suite un étudiant noir, Jérôme Robinson, jardinier et informaticien attitré de Hodges, brillant par son humour ; puis une femme, Holly Gibney, plutôt « spéciale » ayant des troubles psychologiques et émotionnels assez marqués. Ces deux derniers auront un rôle capital et seront de véritables atouts pour l’inspecteur Bill Hodges.

D’ailleurs, qui est cet inspecteur Hodges ? Kermit William Hodges compte parmi les officiers les plus décorés de la ville et est fraîchement retraité. Divorcé, il vit seul et passe ses journées (et ses nuits) devant des programmes télévisés plus stupides les uns que les autres. Sa fille ne lui parle qu’à de rares occasions, et leur relation est loin d’être idyllique. En résumé, c’est vraiment pas la joie ! Mais un jour, sa vie va littéralement prendre un tournant décisif. Il reçoit une curieuse – et très longue — lettre de l’homme que les médias ont baptisé le tueur à la Mercedes. Par ailleurs, l’un des points forts de ce livre est la personnalité donnée à notre tueur tant dans sa manière de parler que d’écrire. Bien qu’il relate des choses affreuses dans ce courrier et qu’il emploie quelque fois un langage ordurier, on ne peut s’empêcher de sourire voire de rire à certains passages. Pour en revenir à ce fameux courrier, une question nous vient alors à l’esprit : pourquoi a-t- il envoyé cette lettre à notre « Off-Ret » (Officier à la retraite) en particulier ? La raison est simple, à l’époque c’était l’inspecteur Hodges qui était chargé de l’enquête. Alors, quel est véritable but de ce courrier ? Pousser cet homme qui a des idées noires au suicide. Seulement celui-ci aura l’effet inverse, le sortant de son état de « zombie dépressif » et ravivant sa flamme d’enquêteur de talent. La traque commence, mais : « qui des deux sera le poisson et qui sera le pêcheur ? »

 

Albin Michel, un virage à 180°

Cela fait plaisir à voir ! Les lecteurs apprécieront sans aucun doute que l’éditeur français Albin Michel ait cette fois conservé (contrairement à Joyland) la couverture originale du roman. Respecter le choix d’un auteur quant à l’illustration de son roman peut être important car cela peut éviter d’induire en erreur le futur lecteur quant au réel contenu du livre. Concernant la traduction, il n’y a, à première vue, aucune coquille présente dans Mr Mercedes. N’ayant pas lu la version originale, nous sommes dans l’impossibilité de juger la qualité de la traduction.

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