May 21, 2018

Orelsan, de branleur à star du grand écran

Actuellement à l’affiche de Comment c’est loin au cinéma, de la mini-série Bloqués sur Canal + et toujours sur le devant de la scène rap avec les Casseurs Flowters, groupe qu’il forme avec son compère de toujours Gringe, Orelsan a plus que jamais le vent en poupe. Retour sur la carrière improbable de cet artiste parti pour durer.

Qui aurait cru il y a quelques années qu’Aurélien Cotentin, connu du grand public sous le nom d’Orelsan, serait un jour la star qu’il est désormais ? Lorsqu’il fait le buzz sur Internet en 2007 avec sa chanson Saint-Valentin, on est loin, très loin, d’imaginer le succès retentissant qu’il va connaître. Violent, insultant, misogyne : les qualités ne sont pas réellement nombreuses parmi les adjectifs utilisés par le grand public pour qualifier le chanteur né à Alençon. Pourtant, avec ses lyrics qu’il sait dérangeantes, Orelsan a trouvé la formule pour faire parler de lui. Avec Sale Pute, il pousse encore un peu plus loin la formule, choquant une fois de plus la France, tant et si bien que ses chansons font parler jusque dans les hautes sphères. En mars 2009, la secrétaire d’Etat Valérie Létard prend la parole pour dénoncer des propos qui « incitent à la violence envers les femmes ». Mauvaise pub pour le chanteur, mais pub tout de même, et son album Perdu d’avance se voit nommé au Prix Constantin la même année.

Deux ans plus tard, il revient sur le devant de la scène avec un second album, beaucoup moins brut et plus travaillé, Le Chant des Sirènes. C’est le début de la véritable gloire pour Orelsan, qui ne se contente plus d’Internet pour exister et voit ses chansons passer sur les radios nationales, être reprises dans certains télé-crochets comme A la recherche de la Nouvelle Star. Disque de platine, Le Chant des Sirènes remporte par ailleurs deux Victoires de la Musique en 2012, la Victoire du meilleur album de musiques urbaines de l’année et la Victoire de la révélation au public de l’année. Consécration.

Après ça, c’est aux côtés de Gringe, son pote de toujours, qu’il franchit un nouveau cap dans sa carrière. Après avoir sorti l’album Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters (une référence aux Casseurs Flotteurs, les deux voleurs maladroits de Maman j’ai raté l’avion), les deux acolytes explosent encore un peu plus. Début 2015, Aurélien réalise le film Comment c’est loin, une comédie qui retrace l’histoire des Casseurs Flowters, et qui sort dans les salles obscures le 9 décembre 2015, accompagné d’un nouvel album. L’occasion pour le rappeur de porter sur grand écran une partie de sa vie, sorte de récit autobiographique, et qui remporte un large succès critique. Salué par Josianne Balasko et la bande du Splendide, qu’Orelsan considère à juste titre comme des génies du cinéma français, le film est un accomplissement pour ce « faux branleur », qui a fait de la procrastination son fonds de commerce. L’occasion pour lui d’inclure quelques références à des artistes et œuvres qu’il adore, du film Clerks de Kevin Smith (le nom du bar l’Embuscade, dans le film, reprend la police du film) à IAM (le titre du film rappelle le Demain c’est loin du groupe).

Pour créer le film, Orelsan s’est mis au boulot, se donnant trois mois pour créer un scénario qui tient debout. Il lit tous les manuels de script-doctors pour apprentis-scénaristes, demande conseil à des amis du milieu, réécrit son bébé, le coupe, le peaufine. Comme pour tout le reste, Aurélien est un bosseur, un perfectionniste, qui a passé des heures dans sa chambre à maîtriser Photoshop, Flash et autres logiciels de montage vidéo, lui conférant cette image de geek qui continue de lui coller à la peau. Récemment, pour pouvoir lancer rapidement son clip, il a réalisé lui-même son montage. Une réalité bien différente de l’image qu’il se donne dans ses chansons ou, tout récemment, dans la mini-série Bloqués diffusée sur Canal +.

Depuis septembre 2015, Orelsan et Gringe sont en effet à l’affiche du programme court de la chaîne cryptée. Une poignée de minutes à regarder deux types ne rien faire sur le canapé de leur appart, à refaire le monde, à se questionner sur la vie, à balancer jeux et idées à la con. Tout faire pour éviter le constructif, ou comment élever la glande au rang d’art. A la réal’, ce sont deux têtes bien connues des amoureux de Canal, puisqu’on retrouve Kyan Khojandi et Bruno Muschio, à l’origine de Bref, aux commandes. Le succès est au rendez-vous, mais les polémiques continuent.

Dans une tribune publiée sur le HuffPost, la journaliste et militante féministe Eloïse Bouton a accusé Bloqués de promouvoir « une image déplorable et stéréotypée des femmes et des hommes », dénonçant un programme dans lequel « le sexisme est roi », relançant au passage la polémique autour du single Sale Pute. Comme un retour à la case départ pour Orelsan, qui espère que les gens – et particulièrement les féministes hardcore – comprendront un jour la différence entre humour et véritable conviction. Un épisode dédié au sujet voit d’ailleurs le jour quelques temps après, bouclant le débat d’une punchline qui sonne comme une évidence : « C’est pas les féministes qu’on n’aime pas. C’est juste les connasses ». Génie.

Rappeur, acteur, scénariste, réalisateur. Autant de casquettes différentes à porter pour un Orelsan habitué à en arborer dans ses clips. A l’heure actuelle, il est assez mystérieux sur ses projets à venir, mais nul doute que nous ne tarderons pas à le revoir dans des choses toujours nouvelles. Surprendre pour aller toujours plus loin. Mais jusqu’où ?

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