Papa & Maman, de Carol Rosan

Pourquoi une femme battue reste avec son mari ? Pourquoi un mari bat sa femme et ses enfants ? Comment font les enfants ? Alors que Papa vient de mourir, Maman et les enfants organisent les funérailles : formalités administratives, messe à préparer, affaires à ranger… Ils ont survécu à cet homme aimant et violent, présent et absent, fiable et imprévisible, érudit et brut, dont l’omniprésence a marqué chacun au fer rouge.

Pendant des années, le Tyran et la Sainte, comme les a surnommés l’une de leur fille, ont formé un couple inséparable, au point que la question semble effectivement légitime : que va devenir l’une sans l’autre ? Mais Maman n’a pas attendu la mort de Papa pour trouver sa réponse. Pas sûr qu’elle fasse plaisir aux enfants.

A travers cet ouvrage, qui se déroule sur un délai fort court (vu qu’il commence au décès du père tyrannique et se termine à la sortie du crématorium), l’auteure met le doigt sur la culpabilité que peut ressentir une femme battue, et comment arrive la « première fois ». Comment cette femme accepte et pardonne. Comment elle s’auto-persuade que cela n’arrivera plus.. et quand ça recommence, comment elle trouve des circonstances pour minimiser et pardonner les actes de violence qui lui sont infligés à elle et à ses enfants, y compris quand la violence dévie vers la perversité.

A la lecture des différentes parties, on ressent malgré tout cet amour qu’elle a pour son mari, au détriment de ce que subissent les enfants. Enfants qui, devenus grands, vivent leur vie d’adulte avec toutes les séquelles que cela peut entraîner.

Blandine, qui jusqu’au bout, se fera la défenseuse de papa …. Christophe qui restera celui qui acquiesce tout … Ben, que tout le monde croit être le préféré vu que son père ne lui a jamais rien dit, mais qui en vrai a souffert de cette absence de rapports père/fils. Et enfin Barbara… celle qui a osé partir… celle qui ose s’interposer… celle qui, en pleine cérémonie religieuse, va oser pointer du doigt ceux qui savent, ceux qui se taisent, … et au final, celle qui relève la fin de ce roman…

En effet, même si l’on ressent le calvaire que chacun a pu vivre, et la violence des actes, il y a une légère platitude dans certains passages… ce qui peut amener parfois un petit détachement… Mais heureusement, la troisième partie avec le retour de la « fille rebelle » redonne un vrai coup de peps à l’histoire… Dommage qu’elle arrive si tard.

Pourtant, ce livre nous donne fort à réfléchir… Que se passe-t-il dans la maison d’à-côté quand la porte est fermée ? Serions-nous prêtes à tout accepter par amour ? Pourrions-nous fermer les yeux sur des illogismes de la vie de famille ?

En conclusion, un roman bien ficelé qui malgré tout nous tient en haleine jusqu’à la fin.

Seul petit bémol : sans remettre en cause les qualités du graphiste, la couverture est austère et n’attire pas forcément le regard au premier coup d’œil.

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