Birmingham, cœur de l’Angleterre industrieuse, début des années 20’. Revenu en héros de la grande guerre, Thomas Shelby prend la tête de l’affaire familiale. Rackets, paris clandestins, trafics en tout genre, ses talents de crapule font rapidement de lui et de ses hommes de main des criminels respectés (oui, même par la police). Mais si nous sommes là aujourd’hui, ce n’est pas pour vous parler de l’excellente série de la BBC (disponible en France sur Netflix) mais bien de son adaptation en jeu de société. Découverte de Peaky Blinders : Under New Management.

Après avoir rythmé nos soirées séries à grands coups de lame de rasoir, de trahison, de guerre des gangs et d’autres crapuleries, voilà que Peaky Blinders se propose donc d’animer aussi nos soirées jeux. D’emblée, signalons qu’avoir vu la série n’est pas un prérequis indispensable pour profiter pleinement du jeu de société qu’elle a inspiré. Bien évidemment, les familiers de Thomas Shelby et consorts lui trouveront une saveur particulière et apprécieront davantage les quelques références et l’ambiance brumeuse proposée. Toutefois, cela ne leur conférera aucun avantage dans la course à la victoire. Bon, ça, nous devions le dire mais sincèrement, si vous n’avez pas encore vu la série, qu’attendez-vous ?! By order of the f*cking Peaky Blinders, courrez-y ! Vous nous remercierez plus tard…

Prêt au pire pour votre empire ?

Peaky Blinders : Under New Management est un jeu de gestion dans lequel vous allez devoir constituer votre empire en envoyant vos hommes de main produire racketter des ressources dans les différents lieux emblématiques de la série. Au début du jeu, chaque joueur va recevoir trois missions, l’une d’elle consistera à contrôler une des quatre régions du plateau et les deux autres pourront varier (atteindre un certain niveau dans une des caractéristiques, collecter suffisamment d’éléments d’une même ressource, …). Le premier joueur à valider ses trois cartes Mission remporte la partie.

Concrètement, le jeu consiste en une succession de manches dont chacune va se tenir dans un des quatre quartiers qu’arpentent les Peaky Blinders. En fonction de l’endroit où se joue la manche, le jeu vous fera donc voyager des effluves de whisky du Garrison Pub aux cellules miteuses de la prison de Winson Green en passant entre les sacs de farine (hum hum…) de la « boulangerie » Solomon. Pour chaque quartier (et donc à chaque manche), les joueurs vont déployer leurs trois hommes de main sur un des lieux disponibles et y glaner des récompenses. Il pourra s’agir de jetons de surclassement (afin d’améliorer vos hommes de main et vos chevaux), de produits de contrebande, d’argent, de nouveaux membres ou encore de cartes de conflits (nous y reviendrons). Cela dit, les récompenses que vous récupérerez dépendront de l’homme de main que vous aurez choisi d’y envoyer car si l’intelligent gagnera des récompenses en fonction de son niveau, pour le charismatique, ce sera plutôt du tout ou rien. Et quant à l’homme de main fort, il est la garantie de récompenses nombreuses mais ne manquera pas d’attirer l’attention de la police (coucou Arthur Shelby).

Être un criminel à succès demande aussi une part de chance…

Sous ses dehors de jeu de gestion assez précis, Peaky Blinders : Under New Management comporte une sacrée dose de hasard. Ainsi, les récompenses glanées à chaque manche dépendront avant tout de vos lancers de dé. Certes, les résultats des lancers pourront être améliorés par le niveau de surclassement de vos hommes de main et la dose de hasard est donc un peu contrebalancée mais ne soyez pas dupe, sans un peu de chance au creux de la main, il vous sera difficile de percer dans le milieu du crime. D’ailleurs, ces lancers de dé interviennent à peu près à chaque instant du jeu et en plus des récompenses, ils influenceront aussi la puissance des cartes que vous allez jouer tout comme les combats acharnés pour le contrôle de tel ou tel territoire.

Le meilleur exemple de cette importance donnée à la chance est peut-être le derby d’Epsom qui se joue systématiquement après que les quatre quartiers du jeu aient été visités. Hormis la position sur la ligne de départ (un cheval avec des jetons de surclassement commence avec de l’avance sur la piste), la course se déroule selon une succession de lancers de dé et même un cheval surclassé n’a aucune chance de l’emporter si son propriétaire est un infini poissard. Quand on sait les montants qui sont à gagner lors du derby, avoir la chance d’un dé qui roule en sa faveur prend tout son sens.

Cette large part de hasard est-elle une bonne ou une mauvaise chose ? Bien entendu, cela dépendra des joueurs qui prendront place autour de la table (et de leur chance habituelle). Certains aiment, d’autres non. Il faut simplement être conscient que ces lancers de dé rendent le jeu beaucoup moins prévisible (d’aucuns diront beaucoup plus chaotique).

Soyez cruel, soyez sans pitié, soyez sans remord… Bref, soyez Thomas Shelby

Un autre aspect essentiel de Peaky Blinders : Under New Management est le niveau de crapulerie qui le caractérise. D’ailleurs, comment pouvait-il en être autrement dans un jeu où l’on incarne des bandits sans foi ni loi (mais avec un sacré foie quand même quand on voit les litrons de whisky qu’ils s’envoient) et prêts à tout pour régner en maîtres sur le Sud de l’Angleterre ? Ici, les attaques et les contre-attaques s’échangent aussi vite que les coups de rasoir dans les ruelles mal famées de Small Heath. Déjà, les positions que prennent les joueurs à tour de rôle dans les différents quartiers peuvent se muer en guerre des tranchées car il est parfois (qui a dit souvent ?) tentant de choisir une position pour en priver l’adversaire plutôt que par pur intérêt personnel.

Cela dit, c’est véritablement par le biais des cartes Conflit que les coups bas s’échangent. Pour certaines, les cartes Défense, elles donnent un léger avantage au joueur ou lui permettent de se prémunir d’une attaque. En revanche, pour d’autres, les cartes Attaque, elles reflètent bien l’ambiance de la série en transformant une phase de jeu en véritable règlement de comptes. Entre racket et délation, tous les coups (et surtout les coups bas) y sont permis. Cet aspect, s’il pourra facilement séduire les plus retors d’entre vous, présente néanmoins un petit défaut. Les attaques pour le contrôle des quartiers et l’utilisation des cartes Conflit peut en effet transformer le jeu en « chasse au leader ». Dès qu’un joueur est clairement identifié comme étant en tête ou proche de la victoire, une énorme cible apparaît dans son dos et ses adversaires ne reculeront alors devant rien pour l’empêcher de valider ses trois missions. Certes, ce « tous contre un » fait aussi le sel du jeu mais soyons honnêtes, il peut aussi en allonger (sensiblement) la durée.

En conclusion

Peaky Blinders : Under New Management est un jeu intéressant qui s’inscrit bien dans l’ambiance de la série dont il est inspiré. Il demeure un jeu de gestion même si le hasard y est très présent. Il plaira évidemment aux fans de la série mais aussi aux amateurs de fourberie, à ceux qui apprécient les retournements de situation et qui ne se frustrent pas que l’issue d’un combat puisse dépendre d’un lancer de dé.

Peaky Blinders : Under New Management, un jeu de René Groen, illustré par Jon Van Es et André Visser, édité par Just Games et localisé en français par Pixie Games.

Nombre de joueurs : 2 à 4

Âge : dès 12 ans

Durée moyenne d’une partie : 90 minutes

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