Régression de la démocratie et déchaînement de la violence – Monique Chemillier-Gendreau et Régis Meyran

Une conversation intemporelle et pourtant terriblement actuelle, fournissant un cadre d’analyse empirique mais néanmoins abordable à une multitude de conflits sociaux émaillant nos démocraties modernes.

Dans son rapport annuel « Fractures françaises », l’entreprise de sondage IPSOS n’a pas manqué d’indiquer que 73% de français sont persuadés que le pays est en déclin, lequel échantillon constate notamment une régression dans plusieurs domaines significatifs, comme la démocratie, les libertés ou encore la justice sociale. Si la paix est perçue comme l’absence de guerre, notamment avec l’action d’institutions mises en place après le second conflit mondial et à leur succès relatif, celle-ci doit aussi se rapprocher de l’idéal de justice sociale.

De ses échecs répétés et de ses réussites indiscutables, comment caractériser le modèle démocratique moderne, mis en avant par de nombreux Etats, si ce n’est par son incapacité latente à résoudre les conflits et à endiguer les violences ? C’est la question que s’est posée Monique Chemillier Gendreau, juriste plaidant notamment à la Cour Internationale de Justice, dans un échange réalisé sous la direction de l’anthropologue Régis Meyran.

Subissants de fait un multitude de mouvements de défiance manifeste, principalement formulés envers des institutions tant nationales que supra-nationales affaiblies comme dans le cas de la crise des Gilets Jaunes ou des manifestations au Chili en novembre dernier, les Etats peinent à prendre acte des enjeux sociaux. Là où la loi, pourtant issue de la confrontation démocratique des forces politiques, est majoritairement perçue que comme un symbole de confiscation, faut-il en effet remarquer qu’aucun réel mécanisme de canalisation de l’agressivité ne semble s’opérer dans les démocraties modernes, si ce n’est celui opéré par l’Eglise par le biais de la culpabilisation, ou celui de la souveraineté de l’Etat, en déclin car n’étant miroir du fonctionnement vertical des rapports entre l’administration et ses administrés.

L’auteur, chargeant notamment l’homogénéisation tant sociale, religieuse ou ethnique opérée par les systèmes démocratiques, dans les mentalités ainsi que dans ses processus politiques, qui en étant incapable d’exprimer la pluralité et se bornant à chercher un consensus met en exergue la violence sociale, propose une grille de lecture permettant d’appréhender les crises rencontrées par nos systèmes. Loin d’être une simple énumération de faits ou de situations, cet ouvrage propose des pistes afin d’imaginer ce que pourrait être une véritable démocratie représentative.

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