May 24, 2018

Still Alice, avec Julianne Moore

Peut-on imaginer que l’essence de notre existence puisse disparaître petit à petit, les choses construites tout au long d’une vie subtilisées fatalement par une maladie incurable et ravageuse ne laissant survivre que l’ombre de nous-même ?

La vie d’Alice est des plus enviables, carrière brillante et vie de famille épanouissantes. Les premiers signes apparaissent insidieusement et ne sont guère alarmants, perte occasionnelle de vocabulaire, un comble pour cette éminente professeur en linguistique, difficulté à retrouver son chemin, questions répétitives dans un intervalle de temps très court. La fréquence de ces symptômes augmentant, Alice se décide à consulter un neurologue.  Le diagnostic est malheureusement sans équivoque, elle est atteinte d’une maladie d’Alzheimer précoce.

Julianne Moore, oscarisée pour ce rôle, campe parfaitement cette femme désemparée mais combative, consciente que jour après jour tout ce qu’elle est va s’évanouir, que bientôt les visages familiers se confondront parmi les visages inconnus, que les gestes les plus rudimentaires deviendront des obstacles.

Les rôles secondaires (Alec Baldwin, Kristen Stewart, Kate Bosworth) reflètent parfaitement les sentiments auxquels tout un chacun pourrait être confronté dans cette terrible situation, la tristesse, la colère, le désarroi, le déni mais surtout et toujours l’amour. L’identification est quasi palpable.

J’entends déjà les persiflages de certains, ce genre de films est facilement prévisible car, in fine, l’issue ne peut être que dramatique.  Pourtant la réalisation est très réaliste et sans fioriture, le scénario ne tombe pas dans un pathos larmoyant, la mise en scène est particulièrement épurée et intimiste. Bien que le personnage principal soit dans un état de décadence et de perte de contrôle, l’accent est réellement mis sur sa souffrance psychologique mais également celles des victimes collatérales, sa famille.

Still Alice est d’autant plus marquant car si Alice avait été une femme âgée, l’impact de ce film aurait été moindre. La maladie d’Alzheimer est systématiquement assimilée à la vieillesse mais qu’en est-il des personnes atteintes précocement ? Leur corps possède encore toute leur vigueur mais leur cerveau les trahit et les dépouille. Le calvaire peut alors perdurer de longues années.

Bien que cette maladie soit connue de tous, le quotidien des malades et de leur entourage reste quant à lui encore méconnu. Ce film dresse un portrait émouvant car le souvenir de ces personnes, de ce qu’elles étaient, doit perdurer et si elles ne peuvent plus élever leurs voix pour manifester leur affliction, d’autres s’en feront l’étendard. Still Alice réussit cela avec brio.

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