Décidément, l’éditeur Super Meeple aime changer d’univers dans ses différents jeux. Après nous avoir entraînés sur les flots azurs des mers du Sud avec Maracaibo puis à l’aube de la civilisation avec Genesia, voilà qu’il nous fait traverser les frontières de notre atmosphère. Il faut dire qu’en visant les étoiles, Super Meeple a atterri sur la lune (gelée de Jupiter mais la lune quand même). Pour vous, nous avons enfilé nos plus rutilantes combinaisons de colons cosmiques…

On ne pourra pas dire qu’on ne s’y attendait pas, la terre est désormais inhabitable (hum hum shame on us). Et comme la planète Mars s’est officiellement révélée infertile (officieusement infestée par toutes sortes de bestioles auxquelles on n’a pas eu le courage de se frotter), l’espoir de l’humanité repose désormais sur Europe. Oui, sur Europe et pas en Europe. Car Europe, c’est le doux nom donné à la lune gelée de Jupiter. Et faites-nous confiance, l’Europe jupitérienne est beaucoup plus hostile que l’Europe terrestre (quoique l’Europe terrestre de 1941…). Mais bref, on s’égare. Pour espérer survivre, l’humanité va donc devoir creuser la croûte de glace, explorer les océans souterrains et y établir une colonie prospère. Alors, prêts à retrousser les manches de votre combinaison spatiale ?

Un air d’Arma-dé-gon

Dans The Artemis Project, chaque joueur va endosser le rôle de chef d’une équipe de stabilisateurs et va tenter d’établir sur Europe une colonie prospère. Pour cela, il va lui falloir utiliser ses dés avec tout le génie d’un multi-diplômé de la Nasa. En effet, tout commence par un (simple) lancer de dés (5 pour être précis) mais c’est ensuite que tout se corse. Les joueurs devront à tour de rôle placer un de leurs dés sur un des emplacements du plateau. Il pourra s’agir de partir en expédition pour obtenir des récompenses, d’acquérir des bâtiments, de recruter des colons depuis le port spatial, de les envoyer en formation à l’académie et aussi d’exploiter les cheminées à la recherche d’énergie ou la carrière pour récolter des minerais. Oui, ça fait beaucoup d’options et toute la roublardise de The Artemis Project est que placer des dés à ces endroits ne sera pas toujours (voire pas souvent) gage d’obtenir ce que vous espériez.

En effet, en fonction du lieu où vous placerez vos dés, un système particulier d’octroi des récompenses prévaudra. Vous pourriez tout à fait surprendre un adversaire en enchérissant sur le bâtiment qu’il convoite comme lui damer le pion en participant à une expédition qu’il pensait pouvoir mener seul. Toute la subtilité de The Artemis Project réside justement dans ce jeu et ce contre-jeu de placement de dés. Bien sûr, il faudra veiller à récolter suffisamment de ressources, de colons et de bâtiments pour s’adjuger un score final honorable mais il faudra surtout ne pas hésiter à sacrifier quelques dés pour empêcher un adversaire de dérouler son plan parfait comme il l’entend.

 Dans la course à la victoire, tous les croche-dés sont permis

Cet aspect de The Artemis Project lui permet de se distinguer des habituels jeux de gestion de ressources et de placement d’ouvriers (pardon, de dés). Ici, les interactions (certes indirectes) sont présentes tant les possibilités de contrarier un adversaire sont grandes. Cela dit, que les joueurs qui aiment développer dans leur coin de vraies machines de guerre à marquer des points se rassurent, le jeu prévoit un lot de consolation (sous la forme d’une piste de secours) pour les joueurs qui se seraient (in)justement fait mettre de côté sur l’un ou l’autre lieu. Un autre point original de The Artemis Project est la façon dont les différents dés interagissent selon l’endroit où ils sont posés. A certains endroits, il s’agira de surenchérir sur les dés des adversaires, à d’autres de les compléter et encore à d’autres de s’immiscer entre eux pour maximiser ses bénéfices (tout en en privant un concurrent). C’est malin et très agréable car en fonction des résultats du lancer de dés, plusieurs stratégies sont possibles (et aucun lancer de dés n’est finalement si mauvais).

Pour ne rien gâcher, The Artemis Project a aussi bénéficié d’un travail d’édition très soigné et son matériel est à la fois beau et pléthorique. Le petit plus est qu’il comprend un mode solo (qui saura séduire les terraformeurs solitaires) mais aussi deux mini-extensions dont l’une ajoutera un dé « volant » sous la forme d’une relique alien alors que l’autre permettra aux joueurs de marquer des points de victoire supplémentaires en réalisant des objectifs secrets.

Bref, The Artemis Project est un jeu original, à l’esthétique soignée et à la mécanique bien huilée. Il laisse une place raisonnable au hasard et conviendra tant aux joueurs experts qu’aux joueurs intermédiaires.

The Artemis Project, un jeu de Daryl Chow & Daniel Rocchi, illustré par Dominik Mayer et édité par Super Meeple.

Nombre de joueurs : 1 à 5

Âge : dès 12 ans

Durée moyenne d’une partie : 60 à 90 minutes

Acheter The Artemis Project : 45 €

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.