May 23, 2018

Whiplash

Entendre des tonnerres d’applaudissements à la fin d’un film dans une salle de ciné, c’est plutôt rare. C’est pourtant ce qui s’est passé quand je suis allée voir Whiplash. Ça a été une véritable ovation des spectateurs. Il faut dire que la (longue) scène finale est particulièrement intense et géniale ! Je ne vous la raconte pas, évidemment, je ne voudrais pas vous spoiler…

Si vous n’avez pas encore entendu parler du drame musical Whiplash (ce qui voudrait donc dire que vous n’avez pas lu notre article sur les sorties ciné du mercredi 24 décembre ! Impardonnable !) : l’histoire se concentre sur Andrew, un batteur de 19 ans passionné de jazz qui arrive -à force d’acharnement- à se faire remarquer par le professeur le plus réputé du conservatoire de Manhattan où il étudie. Alors qu’est censé commencer le rêve, à savoir jouer dans le meilleur orchestre jazz du conservatoire sous la direction du célèbre professeur Fletcher, c’est plutôt un cauchemar qui commence pour le jeune musicien. Aux longues répétitions épuisantes s’ajoutent le harcèlement moral (voire physique) du professeur qui semble prendre plaisir à torturer les membres de son orchestre sous prétexte de les pousser à l’excellence. Sa justification ? Le jeune Charlie Parker ne serait devenu Bird (célèbre saxophoniste) que parce que le batteur Jo Jones lui aurait balancé une cymbale à la figure en mécontentement de son travail (ce qui apparemment serait faux, Jo Jones aurait lancé la cymbale au sol et non au visage de Charlie Parker, mais peu importe, ça vous donne une idée de la philosophie de ce tyran de Fletcher). En fait, toute la question du film porte sur cette théorie, c’est la question que nous pose le réalisateur Damien Chazelle (et il semble y répondre favorablement) : doit-on forcément pousser à bout à l’extrême quelqu’un pour en extraire le génie ?  Et jusqu’où peut-on aller ? Si le chef d’orchestre malmène ses membres, ce n’est pas par pur plaisir mais dans un but bien précis : trouver le futur Charlie Parker. Reste à savoir si on approuve ou pas sa méthode…

L’histoire en elle-même est déjà intéressante. Le film est également bien rythmé, dès les premières minutes d’ailleurs. Whiplash, c’est un peu le Full Metal Jacket version orchestre de jazz. Les musiciens passent leur temps à se faire humilier par leur chef d’orchestre et à se faire menacer d’être remplacé par un autre. Ils répètent jusqu’à la perfection leurs morceaux de musique, ou plutôt jusqu’à ce que le professeur Fletcher décide que c’est parfaitement joué et à sa façon surtout. Cet abus de pouvoir du professeur sur ses élèves et ses insultes quotidiennes nous ravissent, nous, spectateur. On en redemande même. De ce côté-là, ça peut rappeler un peu le succès de Dr. House. On adore son caractère détestable et son absence de compassion et de tact. Avec le professeur Fletcher, c’est pareil, en pire. On est suspendu à chacune de ses magnifiques attaques verbales. On jubile. On le hait et on l’adore en même temps.

Le personnage d’Andrew est également très intense. On le voit subir jour après jour les humiliations et ne jamais renoncer. Il se plie à toutes les demandes du professeur tyrannique et s’entraîne comme un fou. On le plaint et en même temps on admire sa détermination et son endurance. Au-delà de la sueur et de la fatigue, ses ampoules aux mains et ses saignements le transforment vite en victime, mais une victime consentante en quelque sorte. Finalement, le plus dur, c’est cette pression qu’il s’inflige à lui-même. Plus qu’un passionné, il est addict à sa batterie et à l’approbation de son professeur. Il veut être le meilleur et il est prêt à tout pour y arriver.

On peut dire sans aucune hésitation que les deux acteurs (J.K. Simmons et Miles Teller) sont excellents. Les discours du professeur Fletcher sont juste jouissifs. D’ailleurs, l’acteur qui l’interprète, J.K. Simmons (vu notamment dans la saga Spider-Man et Burn After Reading), a remporté le Golden Globe 2015 de Meilleur acteur dans un second rôle grâce à sa prestation dans Whiplash. On ne lui souhaitait que ça. Quant à l’acteur qui incarne Andrew, on attend beaucoup d’autres belles performances de sa part. Lui-même batteur, Miles Teller donne toute sa personne dans ce rôle. On le connaissait déjà pour avoir tourné avec Shaileene Woodley dans The Spectacular Now dans lequel il était déjà très bon et dans Divergente (encore une fois avec Shaileene Woodley). Il jouera prochainement aux côtés d’Emma Watson pour le futur film de Damien Chazelle. Après sa performance dans Whiplash, on a qu’une envie, c’est d’en voir plus.

En conclusion, ce n’est pas pour rien que le film a remporté le Grand Prix et le Prix du Public au Festival du Cinéma Américain de Deauville 2014 ainsi que le Prix du Public et le Grand Prix du jury au Sundance Film Festival 2014. Et même pas besoin d’aimer le jazz ! Je vous le dis tout de suite, je suis loin d’être fan (d’ailleurs, certains diront que je déteste le jazz) et pourtant j’ai adoré regarder ce film ! Pour les amateurs de jazz, c’est probablement une expérience encore meilleure puisqu’ils peuvent apprécier les extraits de Whiplash de Hank Levy (dont vient le titre du film), Caravan de Juan Tizol et Duke Ellington ou encore le son de Buddy Rich.

Vous verrez, vous aussi vous allez applaudir à la fin !

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