Sur la grande scène ludique, Alexander Pfister est un auteur précédé par son excellente réputation. Il faut dire qu’on lui doit des jeux comme Great Western Trail, Isle of Skye ou plus récemment Maracaibo… des titres ronflants qui ont su séduire la pourtant très exigeante communauté des joueurs. Aussi, dès qu’un jeu estampillé Pfister fait son apparition sur les étals, tout joueur qui se respecte se doit d’y jeter (au moins) un regard curieux. Nous nous sommes donc penchés (par-dessus-bord) sur le tout nouveau CloudAge édité par Matagot.

D’un regard las, vous contemplez les terres arides que les quelques trouées dans les nuages vous laissent entrevoir. Dans une poignée de jours, cela fera très exactement 15 ans que la société secrète « Cloud » a fait basculer le destin de la planète en incendiant les sites de production de pétrole et en brûlant de vastes étendues de forêt. La terre sur laquelle vous avez grandi ne s’est jamais remise de cette catastrophe écologique et les prés jadis verdoyants comme les forêts luxuriantes ont laissé place à de vastes étendues desséchées dont beaucoup craignent l’infertilité. Pourtant, depuis votre dirigeable, vous refusez de céder au fatalisme. A force de courage, vous combattez les milices de « Cloud ». A force d’obstination, vous glanez dans les vestiges des villes les ressources dont vous avez besoin. Et à force d’optimisme, vous replantez des végétaux qui à terme, vous en avez la certitude, reverdiront la planète que vous chérissez…

Let’s Zeppelin !

CloudAge se présente sous la forme d’un long jeu de plateau issu de l’assemblage de différentes tuiles et sur lesquelles on peut trouver des ressources à glaner et des villes à visiter. C’est ce plateau qu’au gré des vents (ou plutôt de la puissance de leurs moteurs), les joueurs devront survoler dans leur dirigeable. Sur le papier, les règles sont assez simples et grâce à des pictogrammes très à propos, les manches s’enchaînent avec une relative fluidité.

Principalement, il s’agira pour les joueurs de récolter un maximum de ressources, que ce soit en les survolant, en affrontant les milices Cloud au sein des villes ou en allant explorer les différents quartiers abandonnés à l’aide de leur drône. Ces ressources serviront à améliorer leur dirigeable (toujours plus vite, toujours plus fort et toujours plus vert) ainsi qu’à valider des cartes Projet offrant tant des capacités spéciales que des points de victoire.

Maudit cumulo-nimbus !

Si l’on s’en tient à ce bref résumé, CloudAge pourrait sembler un jeu de gestion de ressources assez classique. Eh bien, détrompez-vous. Il est certes et avant tout un jeu de gestion de ressources mais au sein duquel viennent s’immiscer un certain nombre de mécaniques connexes et qui en plus n’est pas avare en petites nouveautés et subtilités. Il y a bien sûr le deck de cartes Navigation qu’il faudra à la fois enrichir et épurer ou la phase d’action de chaque joueur qui offre malgré tout une petite action à ses adversaires mais il y a surtout la phase d’exploration-devinette des quartiers de la ville.

En effet, une des trois actions possibles est d’aller glaner des ressources (et même des bonus) dans un des trois quartiers de la ville. Les joueurs savent que chaque carte offrira trois ressources d’un type, deux ressources d’un autre type et enfin deux fois une ressource des deux derniers types. Le problème est que les cartes Quartier sont glissées dans des pochettes transparentes mais comportant des nuages (et offrant donc quelques indices mais guère plus). Et voilà les joueurs qui le temps d’une action se muent en nostradam(nimb)us pour tenter la meilleure récolte.

Un dirigeant sachant diriger un dirigeable…

Disons-le sans ambages, CloudAge n’est pas tout à fait le jeu familial que pouvait laisser croire son accessibilité aux jeunes zeppelinistes dès 10 ans. Bien sûr, il pourra se jouer avec des joueurs de cet âge mais pour peu qu’ils soient un peu habitués à ce type de jeu et surtout pour peu que l’on s’en tienne aux premières cartes scénarios (c’est-à-dire un jeu amputé d’une petite partie de ses règles). Au-delà de ça, dans sa version complète, CloudAge trouvera un meilleur public auprès des joueurs aguerris et exigeants. Il est subtil, demande une attention constante et a un petit côté délicieusement calculatoire.

Tout comme son grand frère Maracaibo, il est aussi doté d’un mode Campagne qui viendra enrichir le jeu au fil des parties notamment par l’ajout de tuiles, de moyens de scorer et grâce à un fil conducteur narratif. Voilà qui lui offre la rejouabilité dont sa version classique aurait peut-être fini par manquer..

Bref, CloudAge est un jeu réussi qui mérite bien plus que de rester dans l’ombre du fameux Maracaibo ou de l’autre sortie phare mais concomitante du même auteur, Boonlake. Faites-nous confiance, nous le disions en titre, zeppelin de bonnes idées ce CloudAge !

CloudAge, un jeu d’Alexander Pfister et Arno Steinwender, illustré par Christian Opperer et édité en français par Matagot.

Nombre de joueurs : 1 à 4

Âge : dès 10 ans (mais plutôt 12-14 quand même)

Durée moyenne d’une partie : 1 à 2h

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