November 18, 2018

Carnets Noirs de Stephen King

Carnets NoirsCe titre ne vous dit peut-être rien, mais qu’en est-il si j’ajoute que ce nouveau roman signé Stephen King est la suite de Mr Mercedes ? Nous l’attendions de pied ferme – surtout pour ceux l’ayant lu en entier – le voici enfin entre nos mains ! Pour nos lecteurs anglophones, celui-ci est sorti sous le nom de Finders Keepersun titre qui n’a pas été choisi au hasard, comme vous pourrez le voir plus bas. Il reste toujours dans la même veine que le précédent – à une exception près – à savoir le roman policier. De nouveaux personnages et des retrouvailles d’anciens protagonistes du précédent opus rythmeront ce nouveau roman, second d’une trilogie centrée sur le personnage de Bill Hodges, un ancien policier à la retraite. Assez perdu de temps en bla-bla journalistique : passons vite à la première partie de notre avis sur Carnets Noirs !

Voyage dans le temps

Énigmatique ce titre, n’est-ce-pas ? Vous vous demandez sûrement où nous voulons en venir et ô combien nous vous comprenons ! Mais avant d’aborder ce sujet, nous allons faire notre Stephen King et vous parler de quelque chose de totalement différent, histoire de bien vous faire mariner. Quand nous avons reçu Carnets Noirs, nous nous sommes demandé de quoi pouvait bien parler la suite de Mr Mercedes. Rien qu’en observant la première de couverture, on peut déjà avoir un indice sur le sujet : un stylo plume dégoulinant de sang n’augure rien de bon, nous sommes d’accord ! C’était d’ailleurs déjà le cas avec le premier tome de la trilogie, Mr Mercedes, illustré avec une pluie de sang s’abattant sur un parapluie. Donc, nous sommes prévenus, il va y avoir pas mal de cadavres dans ce nouvel opus, chouette ! Alors oui, se réjouir du fait que des personnes vont mourir dans d’atroces souffrances et qu’il va y avoir du sang partout, c’est typique des lecteurs atteints du Syndrome Kingsien. C’est bénin, on vous rassure !

Bref, penchons-nous plus en avant – pas trop quand même – sur l’histoire. Le début est plutôt inattendu, puisque nous ne sommes pas en 2011 – année où se terminait Mr Mercedes – mais en 1978. Et ce n’est pas Bill Hodges – l’un des personnages centraux de cette trilogie – ou d’autres protagonistes que l’on connaissait qui font l’ouverture de cette suite, mais de nouveaux personnages. Quand on connait la fin de Mr Mercedes, certains d’entre nous pouvaient s’attendre à retrouver une suite directe des événements, mais il n’en est rien, puisqu’une toute nouvelle intrigue nous est offerte. Une agréable surprise et un bon point pour l’auteur, qui a eu l’intelligence de déstabiliser un peu ses lecteurs en désaxant sa trame principale, évitant ainsi l’aspect linéaire que l’on pourrait redouter pour une suite. Et c’est là où nous voulions en venir avec notre titre « voyage dans le temps » car l’écrivain alterne durant plusieurs chapitres deux périodes clés de son nouveau récit – 1978 et 2009/2010 – avant de revenir petit à petit sur la ligne temporelle de Mr Mercedes. Nous finissons donc par retrouver l’inspecteur retraité Hodges et ses deux compères, Jérôme et Holly, introduits astucieusement aux moyens de connexions entre les nouveaux et anciens personnages – nous vous en parlerons plus en détails un peu plus bas – Il est fort quand même ce Stephen King, vous ne trouvez pas ?

 

Histoire d’une obsession

Tout commence par un cambriolage qui a mal tourné. John Rothstein, écrivain célèbre – reclus dans le fin fond du New Hampshire – pour sa trilogie intitulé Jimmy Gold est en effet assassiné. Les cambrioleurs repartent avec un « petit » pactole de 22 000 dollars mais pas que, puisqu’ils emportent avec eux de mystérieux carnets. Les trésors ne sont pas faits que d’argent, ils peuvent prendre de nombreuses formes bien différentes pour chacun d’entre nous. Et pour l’un des cambrioleurs, Morris Bellamy, le véritable trésor de ce home jacking réside dans la centaine de petits carnets en cuir noir. Bellamy va d’ailleurs rapidement se débarrasser de ses complices, après tout on ne sait jamais si l’un d’eux se fait choper et qu’il le balance. Puis 22 000 dollars net d’impôts rien que pour sa pomme, ça ne se refuse pas ! Et comme on n’est jamais trop prudent, Morris Bellamy décide d’enterrer son précieux butin et de revenir le chercher quand les choses se seront un peu tassées. Il n’en n’aura pas l’occasion, puisque qu’il se fait finalement arrêter. Non pas pour les meurtres de ses complices ou celui de l’auteur – qui restera d’ailleurs impuni— mais pour une tentative de viol dont il n’a aucun souvenir suite à une soirée un peu trop arrosée. Des années plus tard, en 2010 plus précisément, le trésor de Bellamy est découvert de manière totalement fortuite par un jeune garçon, Peter Saubers. Morris Bellamy finit par sortir de prison en 2014 et ne pense qu’à une chose qui l’obsède depuis 35 ans : déterrer les carnets noirs et découvrir enfin ce qu’ils renferment.

Stephen King traite ici un thème qui ne lui est pas inconnu, à savoir l’obsession que peuvent avoir certains fans pour une œuvre et les actes surréalistes dont ils sont capables. Misery en était déjà une bonne illustration mais avec Carnets Noirs, l’auteur nous montre qu’il peut aller encore plus loin. Bien que l’histoire ne débute pas sur la suite directe du premier livre et que l’on trépigne d’impatience de retrouver les protagonistes du début, le rythme de ce second volet est bien pensé et équilibré. D’ailleurs, la nouvelle histoire est tellement prenante que le fait de savoir ce que sont devenus Hodges et sa bande nous passe finalement au-dessus de la tête. Pour ce qui est des connexions entre Carnets Noirs et Mr Mercedes évoquées plus haut, elles tiennent à deux détails en particulier qui concernent le personnage de Peter Saubers. Celui-ci est en effet le fils d’une des victimes du massacre du City Center perpétré par le tueur à la Mercedes et sa petite sœur Tina est amie avec la petite sœur de Jérôme Robinson, personnage du précèdent livre. Ce dernier lien va particulièrement contribuer à l’implication du personnage central de la saga et de ses deux acolytes dans cette nouvelle intrigue, qui vont alors reprendre une place de premier plan. Les personnages de ce second volet sont tout aussi plaisants à découvrir que ceux du premier, l’écrivain mettant toujours un point d’honneur à traiter ses personnages de manière approfondie et équilibrée. Morris Bellamy – qui lui, pour le coup, n’est pas du tout équilibré – peut tout à fait rivaliser avec le grand méchant du premier volume, Brady Hartsfield – alias Mr Mercedes –  car lui aussi traîne un lourd passif – notamment avec sa mère – ce qui le rend d’autant plus crédible.

 

Version française VS version américaine

Nous tenions à comparer les deux versions de ce second tome car il est toujours intéressant de vérifier si les idées de l’auteur n’ont pas été trop altérées par le traitement de l’éditeur, ici Albin Michel. Commençons d’abord par la première de couverture qui est, pour nous, plus parlante en version française. La version américaine, elle, est beaucoup plus énigmatique – un choix délibéré de l’auteur peut-être – et le titre l’est tout autant. Le lecteur peut avoir du mal à faire le lien entre l’image et le titre, la version française est pour nous beaucoup plus explicite par rapport à l’édition américaine. Concernant le titre original, Finders Keepers, il vient de l’expression enfantine « qui trouve garde », la phrase complète étant : Finders keepers, losers weepers – qui trouve garde, qui perd pleure – Finders Keepers est également dans Carnets Noirs le nom de la société de détective de l’ex-inspecteur Hodges et d’Holly Gibney. Au vu de l’histoire, la phrase prend tout son sens, mais justement quand on ne la connait pas, le titre original n’évoque pas grand-chose. Les deux couvertures sont au final en accord avec le récit, même si la version française est, de fait, plus parlante – peut-être trop – et moins mystérieuse. Un parti pris de l’éditeur qui n’est pas dérangeant et ne dessert en aucun cas le livre. Au sujet de la traduction, celle-ci est toujours assurée par Océane Bies et Nadine Gassie, qui oeuvrent ensemble depuis Joyland.

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